Collège Montessori de Lyon

Se préparer pour la vie

Se préparer à la vie d'adulte par l'expérience concrête

Décembre 2018

Entre 12 et 18 ans (troisième plan de développement de l'enfant selon Maria MONTESSORI), les repères de l'individu changent : son corps se transforme, sa construction psychique se métamorphose. L'adolescence est un âge où les regards se tournent de la famille vers la société. La personnalité entre dans une phase nouvelle de sa maturation : elle entreprend le chemin de l'indépendance sociale et économique. L'adolescent a besoin d'un travail coopératif ayant une incidence sur la vie de sa communauté et, peu à peu, d'étendre cette forme d'activité à sa communauté élargie : la société comme son environnement direct, physique et concret, puis l'humanité en tant que forme sociale abstraite.

« L'éducation des adolescents prend une importance capitale, parce que l'adolescence est l'époque à laquelle l'enfant devient un homme, c'est-à-dire un membre de la société.
Si la puberté est, au point de vue physique, une transition entre l'état d'enfance et celui d'adulte, elle constitue, au point de vue psychologique, une transition entre la mentalité de l'enfant – qui vit en famille – et celle de l'homme, qui doit vivre en société. »
(De l'enfant à l'adolescent, « L'enfant à la terre », p. 112)

« La transformation est considérable. On a traité cette époque de « renaissance » ; on naît véritablement pour la deuxième fois. C'est donc une naissance à une autre vie. L'individu redevient un nouveau-né social. »
(idem, p. 120).

 L'adolescence est ainsi une période de préparation à la vie adulte. L'individu va mettre à profit les expériences que lui offre son environnement éducatif pour construire la vision morale de sa propre contribution à la vie sociale.

 Dans le travail avec l'adolescent au quotidien, dans la création et la vie d'une ambiance pour les jeunes de 12 à 18 ans, nous sommes amenés à nous demander quelle éducation nous offrons à l'adolescent pour accompagner cette préparation, quel environnement de travail va  permettre l'épanouissement de ses potentialités humaines de futur adulte, quelle activité quotidienne pourra aider l'élan naturel de cet âge, comment chaque activité entre en résonnance avec cette préparation de l'adolescent à sa vie future d'adulte. Nous nous demandons également à travers ces questionnements ce qu'est un adolescent, ce que sont la nature et les besoins de cette période de formation de l'être humain, période d'une part encore peu connue dans l'histoire de l'humanité et de l'éducation et, d'autre part, hybride, multiforme, inattendue et parfois déroutante. Enfin, c'est nous demander ce qu'est un adolescent dans la pédagogie Montessori, comment le connaître et travailler côte-à-côte avec lui pour accompagner son développement.

 

« Plan d'études et de travaux »

 Dans De l'enfant à l'adolescent, Maria Montessori a élaboré un  « Plan d'études et de travaux » pour le travail avec les adolescents, réparti en deux sections : l'organisation sociale et le curriculum. La partie « préparation à la vie adulte » intervient en fin de cette deuxième section et détaille les sciences et sciences humaines à travers lesquelles l'adolescent peut appréhender l'humanité sous l'angle de ses contributeurs. Elle écrit :

 « Forçons sur les travaux pratiques (sur la terre, les gaz, etc...). Faisons participer l'enfant à quelque travail social ; aidons-le intellectuellement, par les études, à pénétrer le travail de l'homme dans la société, afin de développer chez lui cette compréhension humaine et cette solidarité qui manquent tant aujourd'hui. »

 L'éducation à l'adolescence, à un âge où l'individu se tourne naturellement de la famille vers la société pour construire l'homme indépendant socialement, autonome dans son groupe humain dont les limites s'élargissent avec cette période de sa croissance, doit offrir de nombreuses opportunités de travail coopératif et de prise de décisions : dans la coordination de la vie domestique, dans les projets de l'activité économique, incluant les orientations éthiques du travail. La micro-économie doit être une occasion de réfléchir sur la dimension humaine de l'échange commercial, sur la nécessité réciproque qui scelle cet acte, également sur l'empreinte écologique qui y est associée. Ces caractéristiques de l'activité permettent d'envisager les échanges économiques selon leur aspect social et moral.

 

Vers l'indépendance sociale et économique

La préparation de l'indépendance sociale et économique répond ainsi aux besoins de la vie adulte à laquelle l'activité aide l'adolescent à se préparer. L'opportunité de développer une gestion fluide de la vie domestique, qui est une conséquence fonctionnelle et directe de l'activité de l'adolescent dans la pédagogie Montessori, à travers la responsabilité de circuits complets tels que les repas, l'entretien du linge de maison, les travaux de nettoyage, d'amélioration, d'embellissement de son lieu de vie, a aussi pour conséquence indirecte de renforcer la volonté de l'individu et son sens social par le retour que lui fait l'environnement sur les bienfaits de sa contribution. L'adolescent nourrit donc sa volonté ainsi qu'un besoin fort de contribuer à la vie quotidienne de sa communauté.

Cette dynamique de travail collaboratif, de division collective du travail et de retour quotidien sur les bénéfices de la coopération dans des tâches d'une ampleur telle que l'individu, même adulte, ne peut les assumer seul, permet à l'adolescent d'éprouver les liens qui unissent les individus dans son groupe, comme une forme à sa dimension par laquelle il peut s'approprier concrètement l'union bénéfique de l'action collective de l'ensemble des êtres humains à l'échelle de l'humanité. La pédagogie Montessori aide ainsi au jour le jour l'adolescent à construire le sens de la complémentarité des actions humaines par une pratique effective et nécessaire. Cet aspect nous aide à comprendre la vision montessorienne de la cohérence sociale. Et l'expérience dans notre communauté adolescente donne l'occasion de constater la réelle appropriation de cette logique et de cette pratique collaborative, que les adolescents transposent peu à peu de la gestion des responsabilités domestiques vers les projets de leur micro-économie, donc vers la sphère économique. C'est en effet l'ensemble du travail qui bénéficie de la répartition constructive de l'activité cumulée de chacun. L'organisation d'une telle cohérence, d'une telle complémentarité du travail, est pour les plus jeunes très guidée par l'adulte ; puis l'aptitude à s'organiser entre soi émerge au fur et à mesure de la maturité et des projets menés selon cette vision de la répartition sociale du travail.

 La communauté adolescente veut apprendre à faire par elle-même, « aide-nous à faire par nous-mêmes » appelle-t-elle. Elle s'épanouit lorsqu'elle trouve les ressources de s'organiser par elle-même et elle chemine alors vers son équilibre et vers l'indépendance. Cette indépendance requiert l'appropriation culturelle par la présentation du matériel de vie quotidienne de la maison, de vie pratique utile dans les projets et dans la micro-économie. Elle croît également par les opportunités de coopération qu'y rencontrent les adolescents et par les opportunités de travaux ayant un but social, économique et moral. L'identification des bénéfices du travail pour la communauté constitue un retour stimulant pour renforcer la volonté et le sentiment de sa propre indépendance dans la société par son travail.

 

Quel environnement de travail pour les adolescents dans leur préparation à la vie adulte ?

 L'environnement de travail préparé par les adultes doit constituer un cadre cohérent et offrir à l'adolescent un point de repère clair sur la façon dont il s'ordonne, s'organise, s'entretient. Ces qualités facilitent son aptitude à s'orienter dans cet environnement, dont les dimensions acquièrent désormais la taille d'une maison entière. Elles soutiennent aussi son sens de l'ordre et l'aident à l'anticipation, au calcul des besoins de cet environnement et, peu à peu, à l'organisation tant de son entretien que de son amélioration. Cet environnement va également encourager son esprit d'initiative, sa créativité : nous proposons régulièrement aux adolescents de parcourir leur environnement de travail, de relever les besoins qu'ils identifient et de suggérer des améliorations possibles. Cette démarche place les besoins de l'environnement au départ de l'activité et favorise l'appropriation du lieu ; c'est par ailleurs une partie intégrante du développement personnel et social de l'activité de l'adolescent dans sa construction de futur adulte.

Dans Les quatre plans de développement (1994), le spécialiste montessorien Camillo Grazzini écrit que cet environnement propose « des expériences variées de travaux de productions qui contribuent à l'indépendance économique et ainsi renforcent la confiance en soi de l'adolescent et sa foi en lui-même. » (AMI, 2010, p. 13).

 

Les projets, les administrateurs et le conseil de communauté

 Les projets qui constituent un cadre de l'activité, en lien soit avec la micro-économie soit avec l'amélioration de l'environnement, permettent ce plein investissement de l'adolescent dans des actions dont il apprend à être co-constructeur du sens et des parties qui le composent. Par son effort, qu'il apprend à mener en continu, il peut en mesurer les résultats et ajuster l'harmonie de son travail et de ses ambitions. Ces projets sont rattachés à l'activité d'administrateurs par secteur d'activité : jardin, animaux, production et vente... A l'occasion du conseil de communauté hebdomadaire, la communauté adolescente fait l'inventaire des travaux menés la semaine écoulée, formule ses objectifs pour la semaine suivante, voire anticipe des projets à plus long terme. Ces projets à plus long terme sont une occasion de constater comment une idée peu à peu devient une réalité, et par quelles étapes elle a pu prendre une forme concrète et intégrer l'environnement de travail. Ainsi, cet environnement est en continuelle métamorphose dans ses fonctionnalités, il s'embellit, devient plus agréable, grâce au fruit du travail de l'adolescent et de sa coopération au sein de sa communauté. Cette amélioration est une source de valorisation par l'expérience concrète pour l'adolescent, il en retire beaucoup de courage, d'appropriation et d'amour du lieu.

 Dans la préparation à la vie adulte par l'expérience concrète, les responsabilités jouent un rôle fondamental, constituent un point de départ pour l'appropriation de l'activité et pour l'exercice de la volonté dont va découler ensuite toute l'implication de l'adolescent dans le reste de l'activité. C'est ensuite avec cette volonté forte qu'il va pouvoir s'engager dans sont travail avec ses pairs. Par la division des tâches domestiques que nul ne pourrait assumer seul dans leur totalité et qui offrent à la communauté adolescente une opportunité de se donner des objectifs clairement identifiés et qui estiment ses capacités à leur juste valeur, par la réalisation quotidienne de ce travail coopératif comme un socle constitutif du bien-être dans l'environnement de son activité, cette communauté fonde chaque jour les bases de la volonté avec laquelle chacun aborde peu à peu toute activité, pratique ou abstraite.

Dans De l'enfant à l'adolescent, Maria Montessori insiste sur cet engagement actif de l'adolescent dans l'ensemble de l'activité, en comparaison avec les pratiques des écoles communes, notamment dans la perspective de leur formation de futur adulte :

               « Ainsi, non seulement elle [l'école] ne correspond pas aux conditions sociales de nos jours, mais elle est entièrement défaillante devant cette tâche qui devrait être la sienne : protéger et favoriser l'éclosion de la personnalité des adolescents, cette énergie humaine dont dépend l'avenir.
          Les jeunes gens sont contraints de travailler par « devoir », par « nécessité », non par intérêt. Aucun but déterminé ne leur est proposé, qui leur apporterait une satisfaction immédiate et renouvellerait l'intérêt d'un effort continu. […]
          Les jeunes gens, c'est-à-dire les hommes de l'avenir, sont formés dans un moule étroit et artificiel. Quelle vie misérable on leur offre, quelle pénitence sans fin, quelle renonciation futile à leurs plus chères aspirations ! »
De l'enfant à l'adolescent, p. 117-118

 Cette vision malheureusement encore unanime dans l'enseignement secondaire semble faire écho à celle que déplorait Victor Hugo dans le poème « Melancholia » des Contemplations :

 « Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! Travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait – c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin ! »

  

Dimension morale : quelle contribution ?

 L'adolescence est un âge de fort bouleversement hormonal. Les hormones sécrétées concourent à la formation de la personnalité. L'individu se construit selon la teneur de l'environnement et selon les opportunités de développement personnel et social que lui offre celui-ci : lorsqu'il a la possibilité de choisir son activité, d'être initiateur des projets et coordinateur de leur réalisation, l'adolescent montre de l'enthousiasme et un travail dont la qualité s'améliore. Une telle organisation de l'activité permet ainsi à l'adolescent de développer des relations paisibles à soi dans le groupe et aux autres dans la coopération par les expériences concrètes que l'environnement lui a offertes.

La pédagogie Montessori donne à l'adolescent de multiples situations où il peut exercer son choix. Par le choix des projets, le choix dans la production de la micro-économie, les choix d'investissements, il se crée une dynamique constructive de l'activité et de sa personnalité en tant qu'acteur social et économique. Cet environnement est favorable à l'accompagnement de l'élan naturel de l'adolescence dans le développement des potentialités de l'individu et des besoins de l'adulte. Choisir, c'est s'exercer à la liberté : l'adolescent élabore, par le choix et l'exercice de la liberté en coopération avec les membres de sa communauté, son indépendance sociale, économique et morale en tant que futur contributeur de l'humanité.

En effet, toute l'activité est ponctuée de temps d'évaluation des bénéfices de l'action entreprise par le groupe et par chacun dans le groupe dans le cadre de la division du travail. Cette évaluation morale de l'action entre en résonnance avec une préoccupation de l'adolescent de contribuer favorablement à la vie de sa communauté de pairs. Ainsi, l'environnement préparé et ses motifs au travail par l'expérience concrète – vie domestique, projets liés à l'amélioration de l'environnement ou à la micro-économie – préparent-ils l'adolescent à la vie adulte en lui offrant des conditions propres à l'épanouissement de son indépendance par le travail. L'adolescent peut développer sa tendance naturelle au choix et à la liberté, cultivant son amour de l'environnement et sa volonté de contribuer à son amélioration par son activité et recevant chaque jour un retour de son investissement, ce que Maria Montessori appelle la « valorisation ». Une relation harmonieuse s'établit par l'activité entre l'adolescent et l'environnement, incluant ses pairs. L'adolescent associe à cette harmonie, à laquelle il contribue par son engagement, les bénéfices de la paix entre les êtres humains, préparant ainsi un adulte volontaire de participer à un monde de relations pacifiques par la collaboration entre les hommes.

 

Quel adolescent ?

 L'environnement préparé par Maria Montessori pour l'adolescent est un milieu dont on peut dire qu'il est impliquant pour l'individu. C'est le milieu d'une vie domestique dont chaque adulte sait qu'il nécessite une quantité importante de soins divers pour son entretien. L'adolescent y fortifie son courage et sa volonté comme une conséquence de l'activité qu'il y mène ; il doit également sentir que ce challenge est à sa portée, et ne pas se laisser intimider par un travail dont l'adulte même, dans l'état actuel de la société, a la tendance, la possibilité et la facilité de se détourner par toutes les commodités qui se substituent au travail. L'adolescent doit sentir en lui l'appel de l'effort afin de consacrer son énergie et son élan dans les responsabilités de la vie de cet environnement : il en reçoit alors directement les conséquences en termes de bénéfices et de valorisation, donc de renforcement de sa personnalité, ceci à la condition qu'il développe la volonté de départ suffisante pour accéder à cette considération du travail sous l'aspect de ses bénéfices pour la construction de sa personnalité.

Dans sa représentation des quatre plans de développement, Maria Montessori répartit l'adolescence en deux phases de trois années, 12-15 ans et 15-18 ans. L'ensemble de cette période constitue le troisième plan de développement, une période qui rappelle le premier plan notamment par l'intérêt pour l'expérience concrète dans le développement de la personnalité et l'appropriation de la culture. Entre 12 et 14 ans, l'adolescent est sensible à la manipulation de son environnement direct comme un élément constructif de son indépendance : aller acheter soi-même sa nourriture, préparer ses repas... Cette étape correspond à la croissance physique de l'adulte, croissance de l'enveloppe corporelle. Entre 14 et 16 ans, avec la maturation cérébrale, notamment du lobe pré-frontal, la capacité à organiser son activité se développe : l'adolescent devient peu à peu un organisateur de son environnement direct : c'est l'essor des aptitudes à anticiper les conséquences, une vue d'ensemble de l'activité concrète s'élabore. Cette étape correspond à la croissance des organes à l'intérieur de l'enveloppe corporelle. Enfin, de 16 à 18 ans, l'adolescent devient capable de conceptualiser l'organisation de son environnement indirect et abstrait : il prépare la transition de son activité et de sa contribution depuis sa communauté vers la société et vers l'ensemble de l'humanité. C'est l'étape du développement des fonctions, d'un retour à l'abstraction et d'une vision d'ensemble. L'adolescence est donc une phase de maturation et d'élaboration en l'individu de sa vision d'ensemble de la vie et de l'humanité, de sa vision « cosmique » selon la terminologie montessorienne : depuis sa communauté de pairs, vers la société puis l'humanité.

 

Dans La vision cosmique de Maria Montessori (2001), Camillo Grazzini écrit :

« La vision montessorienne du monde a une dimension cosmique car elle est holistique : Montessori regarde le monde, voit le monde, à une très grande échelle, c'est-à-dire à la mesure de l'univers, incluant toutes ses interdépendances. » (AMI, 2010, p. 45)

« Chaque élément de la nature, en accord avec ses propres lois de développement, se rapproche des critères de perfection qui lui sont propres. » (AMI, 2010, p. 46)

 

L'adolescence : période naturelle (inconsciente ?) de construction de l'engagement altruiste

L'expérience concrète menée par l'adolescent chaque jour au Centre d'Etudes et de Travaux lui offre l'opportunité de développer des valeurs sur lesquelles Maria Montessori propose dans De l'enfant à l'adolescent que soit menée l'évaluation des aptitudes qu'il a développées au cours de sa formation à la vie adulte :

« Il serait bon de placer à la fin de cette période une préparation d'un mois environ, suivie d'une sorte d'examen ne portant pas sur les études, mais sur les problèmes de conscience. C'est, en effet, à ce moment-là que se produit en quelque sorte l'entrée de l'enfant dans la vie. C'est donc alors que nous devons le préparer à lutter contre les forces mauvaises devant lesquelles il va se trouver. Il lui faudra vaincre les tentations. Aussi, ne pouvons-nous le laisser se présenter devant « le prince de ce monde » sans une préparation : un résumé de ce qu'il a fait jusqu'alors, un examen de conscience, constituant une sorte d'admission à l'entrée dans la vie. » (p. 154)

Ces valeurs attachées à la conscience, dont Maria Montessori a fréquemment répété qu'elle devait être renforcée dans un monde où la science et les techniques n'ont cessé de progresser sans un essor nécessaire de la conscience en regard, sont le courage, l'aptitude au travail continu, la coopération, l'altruisme, la bienveillance, le soutien mutuel. L'adolescent a la possibilité de les développer dans un environnement où elles sont une partie intégrante et une nécessité de la vie quotidienne et de son activité. Elles sont une composante intrinsèque de chaque activité qui lui est présentée, du fait de l'ampleur du groupe et de l'espace : préparer le pain pour la communauté, passer l'aspirateur, requièrent courage, volonté de contribuer à la vie collective, exactitude, implication, organisation. Ces valeurs vivent également dans le soutien que reçoit l'adolescent de la part de l'adulte et dans le travail côte-à-côte qu'il mène dans sa compagnie. Elles sont enfin présentes dans l'identification et la pratique du sens de l'activité, d'une activité organisée selon les besoins de développement du troisième plan de développement.

 

Qu'est-ce qu'être adulte selon la vision et l'éducation montessoriennes ?

Enfin, définir l'environnement et les expériences qui aident l'adolescent dans sa préparation à la vie adulte implique d'interroger la vision de l'adulte et de son travail selon Maria Montessori. Cet environnement et ces expériences doivent permettre l'appropriation culturelle, l'épanouissement de l'esprit d'initiative et de l'amour de l'environnement. Il doit offrir des conditions favorables à l'émergence et au renforcement de la volonté de contribuer à la cohérence des interactions au sein de l'humanité et entre l'humanité et les espèces vivantes. L'essor d'une telle posture repose sur les opportunités de travail et de travail social et moral. Voici ce qu'écrit Maria Montessori au sujet du travail de l'adulte dans De l'enfant à l'adolescent :

« Cette conception implique un principe général : c'est de considérer que le travail en soi a une bien plus grande importance que le genre de travail auquel on se livre. Tout travail est noble. La seule chose indigne est de vivre sans tra-vailler ; il est indispensable de comprendre la valeur du travail dans toutes ses formes, qu'elles soient manuelles ou intellectuelles. Et l'expérience pratique fera comprendre que les deux aspects se complètent, et qu'ils sont également essentiels dans une existence civilisée. » (p. 124)

« Des hommes qui ont des mains et pas de tête, et des hommes qui ont une tête et pas de mains sont également déplacés dans la société moderne. » (p. 116)

 

Conclusion

 C'est avec cette vision que nous abordons comme éducateurs chaque action que nous entreprenons et dont nous offrons à l'adolescent l'opportunité de son appropriation. Ces actions ont un aspect et un but fonctionnels, directs, mais nous devons aussi garder à l'esprit que le développement psychique de l'individu est un processus aussi invisible et qui requiert du temps. Cette dimension nous rappelle comme adulte qui travaillons avec une communauté adolescente à l'humilité de notre fonction auprès de l'adolescent, qui est une fonction de compagnonnage et d'action conjointe en lien avec les sensibilités naturelles de cet âge, l'adolescence, une période à laquelle certaines formes de travail peuvent nous sembler étrangères, telles que les temps de communication informelle, partie intégrante de la construction de la personnalité constituant donc un réel travail.